Zoom sur l’entropion : une des pathologies les plus courantes chez les Sharpeï

Comme les humains, les chiens peuvent également être sujets à différentes maladies oculaires. Parmi les nombreuses pathologies enregistrées sur l’animal, l’entropion fait partie des plus dangereuses. Touchant de nombreuses races canines, elle est très fréquente chez le Shar peï. Zoom sur cette anomalie oculaire.

Entropion : généralités

L’entropion est une maladie des paupières qui se trouve chez les hommes comme chez les animaux, notamment les chiens. Il s’agit d’une anomalie oculaire qui se caractérise par l’enroulement du bord de la paupière vers l’intérieur. Cette dernière forme est plus fréquente chez ces derniers. La paupière, généralement plus longue que la normale, s’enroule vers l’intérieur et laisse la cornée à l’air libre. Dans certains cas, les cils, plus longs également, touchent la cornée, l’irritent et provoquent une douleur permanente chez les patients. Elle peut être bilatérale, lorsque les deux yeux sont touchés simultanément (ce qui arrive très souvent) et partielle (lorsque seulement une des paupières est touchée) ou intégrale (lorsque les paupières inférieures et supérieures sont touchées simultanément).  Chez les chiens, différentes espèces sont concernées par cette pathologie comme le berger allemand, le caniche nain miniature, le cavalier King charles, le Shar peï, etc. Etant très douloureuse, elle peut rendre les animaux mélancoliques ou très irritables, voire même très agressifs. Dans sa forme la plus grave, elle peut engendrer des lésions cornéennes comme l’irritation de l’œil qui peut provoquer une kératite, un ulcère ou une infection oculaire, plus ou moins sévère. Bien que la maladie soit facilement visible de l’extérieur sans manipulations spécifiques, le diagnostic doit être effectué par un spécialiste pour confirmer son existence, sa gravité ainsi que les éventuelles complications. À un stade avancé, l’utilisation d’un transilluminateur est nécessaire pour bien observer l’avancement de l’entropion et identifier les mesures adéquates.

Les différents types d’entropion chez les chiens

Les causes de l’entropion sont multiples. Elles sont classifiées en fonction des différents types de la maladie. En premier lieu, il y a l’entropion congénital ou primaire. Il est héréditaire et touche les animaux dès leur plus jeune âge. Pour certains, il est diagnostiqué dès la naissance et chez d’autres, il est visible vers 6 à 7 mois. Certaines races y sont prédisposées et la majorité est principalement atteinte. Cette prédisposition n’est pas complète puisque les animaux issus d’une même portée ne contractent pas forcément la pathologie provenant des parents. Cependant, la probabilité de la contracter est conséquente. Quant à l’entropion secondaire, il n’est pas congénital et peut survenir au cours du développement de l’animal après un traumatisme. Il se présente sous trois types, à savoir : l’entropion sénile, cicatriciel et spastique. Le premier touche les chiens à un âge avancé. Il est causé par le relâchement du tarse palpébral qui soutient la paupière. Celui-ci concerne principalement les paupières supérieures qui tombent sur les yeux, les recouvrent et s’enroulent vers l’intérieur. Le second fait suite à une mauvaise cicatrisation post chirurgical ou inflammatoire, entraînant la rétraction de la paupière vers l’intérieur. Enfin, l’entropion spastique ou spasmodique, se manifeste après une conjonctivite ou une lésion de la cornée. Ces traumatismes engendrent une douleur importante, causant la rétractation de l’œil hors globe oculaire et vers l’intérieur. En l’absence de ce dernier comme soutien, les paupières se renversent également dans le même sens et provoquent l’affection.

Les symptômes de la maladie chez les chiens

L’entropion de l’espèce canine peut se manifester de diverses façons selon la gravité de l’enroulement des paupières. Les symptômes peuvent aller d’une simple irritation à des formes plus graves comme le blépharospasme sévère ou les ulcères de la cornée. Le frottement poils/cils est le plus souvent associé à des larmoiements continus et des douleurs chroniques souvent associées à de petites piqûres intenses permanentes sur l’œil. Par contre la localisation de l’entropion peut être différente d’un chien à un autre en fonction de sa race et de sa physionomie. Il est, par exemple, visible au niveau de la paupière inférieure chez les Shar peï et le Chox-Chow, engendrant chez l’animal un larmoiement continu. Quelle que soit la forme de l’affection, certains signes avant-coureurs nécessitent la consultation auprès d’un vétérinaire sont les suivants : larmoiements excessifs, écoulement de sang ou de pus, enroulement des paupières, irritation des yeux qui deviennent rouges. Il est important aussi de consulter ce professionnel en cas de gonflement de la membrane qui entoure les yeux, difficultés pour ouvrir les yeux et regarder. Pour ce dernier cas, certains chiens préfèrent les laisser fermer pour éviter la douleur. Il faut aussi voir ledit vétérinaire en cas de blépharospasme, inflammation de la cornée ou kératite, ulcère, léthargie et dépression.

Entropion chez le Shar peï : une prédisposition congénitale ?

Pourquoi le Shar peï peut-il contracter l’entropion fréquemment ? Les raisons sont multiples. La première étant qu’il détient un gène de prédisposition à l’affection de la paupière. Autrement dit la malformation peut être héréditaire dans la majorité des cas comme chez le Shar peï cow. Ensuite, sa physionomie est caractérisée par des plis de peau importants notamment sur le visage. Dans certains cas, ces plis peuvent tomber sur les yeux et provoquer une pression intra oculaire importante jusqu’à les empêcher de s’ouvrir complètement. C’est pour cette raison qu’il n’est pas rare que les 4 paupières soient atteintes par la maladie. Ainsi, si l’anomalie n’est pas héréditaire, le chien a également beaucoup de chance de la subir au cours de sa vie à cause de l’aspect particulier de son visage. Il peut se présenter très tôt chez les jeunes chiens ou très tard en fonction du mode de vie de ce dernier. Ce qui le met en haut de la liste des affections fréquentes de cette race de chiens.

Les traitements de l’anomalie oculaire du Shar peï

La plupart du temps, le traitement de l’entropion est chirurgical. Cependant, avant de décider de pratiquer l’intervention, il est important d’en identifier les principales causes. Les spécialistes n’optent pour la correction chirurgicale qu’en dernier recours et dans des cas sévères. Pour les cas moins sévères, des mesures de prévention sont à renforcer comme le suivi régulier et les traitements oculaires adaptés en fonction de la lésion comme l’utilisation de collyre ou le nettoyage quotidien. Un mode de vie sain notamment en ce qui concerne l’alimentation, car chez le Shar peï, l’obésité favorise fortement l’apparition de la maladie. Pour les cas les plus sévères, où le vétérinaire décide de traiter chirurgicalement le chien adulte et dans les rares cas le jeune Shar peï, différentes techniques sont fréquemment utilisées en fonction de l’avancée de l’affection et l’âge du chien. Pour le chiot en pleine croissance, la technique de la tension temporaire est efficace. Elle consiste simplement à libérer l’œil en effectuant quelques points cutanés qui permettent de tirer sur les parties enroulées. Après l’intervention, le chien sera immédiatement soulagé et après quelques semaines, si les sutures restent en place, il sera rétabli. Pour les plus âgés, entre 2 mois à 4 mois de naissance, pour les cas à sévérité moyenne, la technique Holtz-Celsus est la plus utilisée. C’est une technique qui vise à pratiquer une excision de la peau pour enlever une partie gênante de la paupière qui s’enroule vers l’intérieur, d’effectuer quelques points de suture pour tendre la peau le plus possible. Au bout d’une dizaine de jours, si les points sont bien maintenus, ils seront retirés. Finalement, pour des sévérités importantes, la technique Sades a également fait ses preuves comme le répertorie le « journal of small animal pract ». Elle consiste en deux incisions consécutives, dont la première est une résection cutanée de grande taille pouvant aller jusqu’à 3 cm de large et la deuxième consiste à éloigner les plis (frontaux) le plus loin possible du bord libre de la paupière pour laisser place à une plaie ouverte d’environ 5 mm, qui se cicatrisera au bout de 10 à 15 jours, et pendant lesquels, l’aspect poste opératoire sera visible.